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Réduire la viande préserve la planète (et la santé !)

Par 23 août 2019 août 30th, 2019 Vivre mieux

Après l’étude publiée dans la revue Nature en 2018, c’est le Groupe international d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) qui l’affirme cette année : les occidentaux doivent réduire drastiquement leur consommation de viande, afin de minimiser l’impact de l’alimentation sur l’environnement. Comment préserver la planète – et sa santé –  sans être en carence ? Suivez le guide !

Depuis quelques années déjà, les scientifiques nous appellent à réduire la part des produits carnés dans notre alimentation, tant pour notre santé que pour celle de la planète. Quelque 299 milliards de kilos de viande sont ingérés chaque année dans le monde, c’est quatre fois plus qu’en 1960. La consommation individuelle a doublé, passant ainsi de 50 kg à plus de 110 kg  par an en moyenne ! Un Français consomme plus de 84 kg de viande  (124 kg pour un Américain), ce qui représente plus d’un milliard d’animaux abattus chaque année (FranceAgriMer, 2017)

L’environnement impacté

L’élevage a un impact de plus en plus fort sur la planète, les animaux générant d’importantes émissions de méthane (gaz à effet de serre moins persistant que le CO2 mais plus réchauffant). L’élevage représente ainsi 18% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, soit plus que le secteur mondial des transports !

En plus des émissions de GES, les produits d’origine animale monopolisent d’importantes superficies de terres cultivables, pour une moyenne de 4 à 6 m² pour chaque kilogramme de viande. Or la création de nouvelles terres agricoles génère un déforestation massive. En Amazonie, par exemple, près de 75 % des vastes régions naturelles ont été perdues au profit de la production de viande ou des céréales nécessaires pour nourrir les animaux.

Menace sur l’eau

Concernant les dépenses en eau, celles pour l’usage domestique sont bien faibles  (5,6%) comparées aux dépenses pour l’agriculture : 71% ! L’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) explique :  « en additionnant les effets des différents maillons de la chaîne de production, le secteur de l’élevage a un énorme impact sur l’utilisation et la qualité de l’eau ».

Il faut en effet compter l’eau utilisée pour l’irrigation des cultures destinées à nourrir le bétail, l’eau destinée à abreuver les animaux et celle utilisée pour le nettoyage des élevages industriels, camions de transports et abattoirs… L’empreinte eau, soit la consommation d’eau nécessaire pour produire un kilo d’aliment du début à la fin de la chaîne de production, nous donne une idée plus précise de cet impact :

  • Maïs : 900 litres d’eau
  • Blé : 1 300 litres d’eau
  • Riz : 3 000 litres
  • Poulet : 4 000 litres d’eau
  • Porc : 4 900 litres d’eau
  • Bœuf : 15 500 litres d’eau
Préserver la planète…

Les scandales alimentaires, l’impact sur l’environnement et la question du bien-être animal renforcent les inquiétudes et la prise de conscience des consommateurs. Mais la sonnette d’alarme a été tirée lors de la publication du rapport 2018 du GIEC : d’après les experts, l’humanité n’a plus d’autre choix que de modifier considérablement ses modes de consommation.

Pour éviter la catastrophe environnementale, les scientifiques conseillent d’adopter un régime recentré sur le végétal. L’humain moyen devra baisser sa consommation de viande de bœuf de 75%, de viande de porc de 90%, et diviser sa consommation d’œufs par deux, rapporte le Guardian. A la place, il devra consommer trois fois plus de légumineuses et quatre fois plus de noix et de graines. Des exigences plus sévères dans les pays riches : les Européens devront en effet réduire le bœuf de 90%.

… et notre santé !

Une réduction de notre consommation de viande pourrait aussi avoir des effets bénéfiques sur notre santé. Selon l’article récent de Doctissimo, une étude 1 américaine montre que « diminuer sa consommation de viande rouge, à raison d’une demi-portion par jour, réduit les risques de mortalité toutes causes confondues« . Cette étude portant sur les habitudes alimentaires et le risque de mortalité de 53.553 femmes et 27.916 hommes entre 1986 et 2010, a été dirigée par Frank B. Hu. Ce professeur en nutrition et en épidémiologie à la Harvard T.H. Chan School of Public Health déclare ainsi : « les données suggèrent que le remplacement de la viande rouge par d’autres sources de protéines, comme la volaille, le poisson, les noix, les légumineuses, les grains entiers, peut réduire le risque de décès prématuré ».

De plus, le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer) a publié en 2015 une monographie sur les risques de cancer lié à la consommation de viande. Cette évaluation estime comme « probablement cancérogène » la viande rouge et comme « cancérogène » la viande transformée, notamment la charcuterie volaille comprise.

Végétarisme ou flexitarisme ?

On peut être végétarien par religion, par philosophie ou par souci du bien-être animal. Réduire sa consommation de viande par deux, c’est en effet sauver 40 milliards de bêtes chaque année. Mais les préoccupations écologiques sont de plus en plus souvent évoquées par ceux qui renoncent complètement à la viande.

A défaut de devenir végétarien, on peut au moins diminuer par deux sa consommation de viande, ce qui revient à utiliser cinq fois moins d’eau. Le régime flexitarien – moins de viande mais de meilleure qualité – inclut les poissons, crustacés et protéines végétales.

La viande n’est d’ailleurs pas l’aliment qui fournit le plus de protéines : le soja en contient deux fois plus ! Pour remplacer les protéines carnées, le plus simple est de faire la part belle aux céréales complètes, légumineuses et oléagineuses. Il est recommandé d’associer les légumineuses (lentilles, petits pois…) avec des céréales (riz, blé…) pour obtenir les acides aminés essentiels au bon fonctionnement de l’organisme.

10 ingrédients pour faire le plein de protéines

Les alternatives à la viande existent, le tofu est le plus connu ! Assez neutre en goût, il est faible en matières grasses ce qui fait de lui un bon allié minceur. On citera aussi le seitan, les lentilles, les haricots secs, les noix, l’épeautre, le pois chiche, le quinoa, les algues et le tempeh (soja fermenté), les graines de chia.

Priorité au végétal

En mangeant de manière diversifiée,  tous les nutriments sont apportés en quantité suffisante à l’organisme. Attention toutefois à la vitamine B12 qui ne peut pas être synthétisée en quantité suffisante par notre corps. Cette vitamine, également appelée cobalamine, se trouve uniquement dans les produits d’origine animale : viande, poissons, crustacés, œufs, fromage, lait. La chlorelle, micro-algue d’eau douce, en contient aussi.

La clé semble donc résider dans un régime alimentaire suffisamment diversifié et équilibré pour éviter les carences. On peut toutefois y intégrer une part très raisonnable d’aliments d’origine animale, produits dans le cadre de systèmes durables.

Pour un bon apport en fer et en protéines animales, voici les quantités à ne pas dépasser par semaine :

  • une à deux portions de viande rouge maigre (comme le steak haché, filet, faux-filet) et d’origine biologique ;
  • les poissons gras en début de chaîne (sardine, maquereau) pour les indispensables oméga-3. ;
  • des œufs d’origine biologique deux fois dans la semaine ;
  • éventuellement un peu de viande blanche d’origine biologique de préférence.

Arrêter de façon brusque une consommation de viande jusque-là importante n’est toutefois pas anodin. Il faut y aller progressivement, faire preuve d’inventivité et s’appuyer sur des recettes végétariennes (voir nos livrets de cuisine) aussi saines que gourmandes !

  1. Association of changes in red meat consumption with total and cause specific mortality among US women and men: two prospective cohort studies – BMJ 2019;365:l2110 (accessible en ligne)
Sylvie Lépinay

Rédaction : Sylvie Lépinay

chez Nature & Partage.

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